30 août, 2006

La poule aux œufs de cuivre

Le premier groupe minier mondial BHP Billiton promet des dividendes record de trois milliards de dollars à ses actionnaires, mais refuse d’accéder aux revendications salariales des mineurs de sa concession d’Escondida au Chili.

Une hausse de 4% des salaires et un bonus de18.000$ pour un contrat de 3 ans et pas un cent de plus ! Sur le papier cette augmentation, présentée aux employés de la mine de cuivre d’Escondida au Chili, semble alléchante. Sur le terrain, elle est carrément mesquine lorsque l’employeur en question s’appelle BHP Billiton. Pour l’exercice 2006, le premier groupe minier mondial a engrangé 10,5 milliards de dollars de bénéfices, enregistré un chiffre d’affaires de 32,2 milliards de dollars (+20%), et surtout, se montre d’une générosité sans borne pour ses actionnaires : en guise d’étrennes de fin d’années, ils se partageront 3 milliards de dollars de dividendes.

Une situation inacceptable pour les 2.052 ouvriers de la mine. En grève pour une durée illimitée depuis le 7 août, ils ont rejeté cette proposition de la direction, qui – c’est un comble – prendrait en compte le salaire brut et non le net. Alors que le cours du cuivre a été multiplié par trois en trois ans pour grimper de 3300 dollars la tonne à 7111 en moyenne, après un record de 8800 en mai, ces mineurs n’ont pas été augmentés depuis 2003 ! Or, ils ont de quoi prétendre à leur part du gâteau.
La mine d’Escondida située à 1400 km au nord de Santiago, en plein désert d'Atacama, fournit 8% de la production de cuivre mondiale. Une ressource indispensable à l’économie chilienne. Le Chili est le premier producteur et exportateur mondial de cuivre avec une production de 5,3 millions de tonnes l’an passé. Et cette année, les cours se sont emballés. Cet « or rouge », qui intervient dans l’électronique, la construction et l’automobile, fait l’objet d'une forte demande en provenance de la Chine, de l’Inde et des Etats-Unis. Escondida a largement contribué aux résultats record de BHP Billiton, en augmentant sa production de cuivre et d’argent. La mine a dégagé 2,6 milliards de dollars de bénéfices contre1,1 milliard l’année passée.

Les ouvriers réclamaient donc une hausse de 13% de leurs salaires et un bonus de 30.000 dollars. Des revendications dont ne veut pas entendre parler BHP Billiton, qui pourtant n’aurait eu à débourser que 60 millions de dollars, une somme bien inférieure aux 3 milliards destinés aux actionnaires. Pour la firme anglo-australienne, cette hausse des cours est « passagère », liée à la vigueur de la demande chinoise. Autre argument, ses employés sont les mieux payés du secteur de l’extraction au Chili (30 000 euros par an). L’offre mise sur le tapis est aussi la plus attractive de la région. L’entreprise a donc les moyens de prolonger le bras de fer. Bien que 95% des miniers soient en grève, Escondida fonctionne à malgré tout à 40% de sa capacité. Non seulement BTP Hilton peut puiser dans ses réserves de minerai mais elle s’appuie sur le droit chilien favorable au patronat, qui l’autorise à embaucher des intérimaires (un autre héritage juridique nocif du régime de Pinochet, à l’image de celui concernant l’éducation nationale, qui avait poussé dans la rue des milliers de lycéens au printemps dernier).

Face à l’opposition de la direction, les grévistes ont revu leurs exigences à la baisse. Ils ne désirent plus que 8% d’augmentation et une prime de 19 000$. « Nous espérons que BHP Billiton comprendra que nous sommes disposés à parvenir à une bonne issue à ce conflit. » explique Luis Trocoso, le président du syndicat des mineurs. Surtout, l’organisation n’a pas les moyens financiers de soutenir la grève au delà du mois de septembre. Ayant dépassé le 15ème jour de grève, le mouvement est entré dans sa phase critique.

Au-delà de deux semaines de débrayage, la législation chilienne autorise l’entreprise à débattre personnellement avec ses employés du renouvellement de leurs contrats, ce qui pourrait diviser le mouvement. BHP Billiton a ainsi publié sur son site internet une notice enjoignant ses ouvriers à téléphoner afin d’obtenir des renseignements pour réintégrer la mine. Des lettres de négociations individuelles de contrat auraient été envoyées à certains. Le 19 août, la direction avait fermé pendant quelques heures l’accès à la mine, mettant en avant les risques de sécurité générés par les grévistes. Des rumeurs font état d’une embauche massive de Péruviens, une main d’œuvre de remplacement bon marché. Pour le syndicat, autant de pratiques qui portent atteinte à son action. En attendant, BHP Billiton se frotte les mains, cette raréfaction de l’offre gonfle les cours.
Paru dans Marianne